Lettre à mon utérus

Aujourd’hui, c’est une chronique un peu spéciale que je vous propose. C´est une chronique plus personnelle, une chronique qui n’est absolument pas dans le domaine du livre jeunesse, de la BD ou du policier.

Il n’y a pas longtemps, je suis tombée sur cet ouvrage :

image

Ce livre est un peu particulier à résumer. C’est un recueil de lettres de femmes à leurs utérus. Qu’elles les aiment ou les détestent, elles en parlent avec sensibilité et humour. Ce livre m’a tellement touchée, ce livre a tellement fait écho à mon expérience personnelle que j’ai décidé d’en faire une chronique spéciale. Aujourd’hui, je vous écris ma lettre à mon utérus.

Utérus,

Toi et moi, cela fait quelques années que nous cohabitons. J’ai entendu parler de toi à l’école, au collège, au lycée, pendant ces heures sur la reproduction. J’ai réellement fait ta connaissance quand tous les deux nous avons passé la barre des 11 ans. On a  réellement fait connaissance, quand tu as décidé de libérer l’endomètre, le sang menstruel que tu stockais jusque là, pour la première fois de notre vie. Au début, j’étais fière. Je me sentais grande, plus adulte, plus femme. Il m’a fallu une nuit pour déchanter. Il m’a fallu une nuit pour te détester.

À 24 ans maintenant, on ne peut plus dire qu’on ne se connaît pas toi et moi. Après 13 ans de règles et 24 ans de vie commune, on a eu le temps de bien se découvrir. Je pensais que je savais tout de toi.  Je connaissais les syndromes prémenstruels : les douleurs aux seins, les douleurs dans le bas du dos, les douleurs dans les genoux, qui arrivent une semaine avant les règles. Je connaissais tous les maux pendant la semaine de règles : les vomissements, les évanouissements, les migraines, le manque de fer qui fait que tu t’essouffles et te fatigues pour un rien. Je connaissais aussi les syndromes post règles que je pensais tout à fait normaux comme les infections urinaires. En gros sur ces 3 semaines par mois, on a eu le temps de bien faire connaissance pendant ces treize longues années.

Tu m’en as fait pas mal bavé quand même. J’ai raté des cours, des heures de travail à cause de toi. J’ai subi des moqueries et des incompréhensions parfois. On a pu me traiter de chochotte, on a pu me dire « oh, ça va, c’est juste des règles, tu vas pas mourir ». J’ai eu honte, et j’ai encore honte parfois, de rater des moments importants, d’annuler des rendez-vous avec mes amis parce que tu es là, Utérus. Parce que tu es omniprésent et parce que tu me pourris la vie.

J’ai essayé de t’endormir. J’ai pris la pilule, j’ai pris un nombre incalculable d’anti-inflammatoires. Quand des jeunes filles prennent du Doliprane pour soulager leurs crampes, moi, je me shoote aux anti-inflammatoires pour éléphants. Je les prends par deux  voire trois cachets qui en plus de ne pas fonctionner, me bousillent l’estomac. Je suis descendue aux urgences par ta faute. Une infirmière pensait que je faisais une grossesse extra utérine à 15 ans. J’ai fait des bilans sanguins, des échographies et rien. Personne n’a rien trouvé.

Je suis donc restée cette fille qui ne savait pas gérer ses règles pendant 13 longues années. Je pensais tout savoir de toi, Utérus, jusqu’à ce que je tombe sur cette gynéco qui, après m’avoir auscultée, m’annonce un mot : ENDOMÉTRIOSE. En gros bâtard que tu es, Utérus, tu as décidé que ce n’était pas suffisant de m’infliger tous les mois, 3 semaines de douleur. Non. Il a fallu que tu ailles incruster ton pote l’endomètre partout autour de ma vessie. Ce que je pensais être des infections urinaires étaient en fait des caillots de sang qui s’ecoulaient a l’intérieur de mon corps.

Depuis, je me suis renseignée sur toi, Utérus, et ta copine endométriose. Vous êtes pas  mal copains toi et elle. 85 000 femmes seraient touchées En France. Ce qui équivaudrait à 2 femmes sur 10. Tu penses pas que ça fait un peu beaucoup ? Je pensais déjà à ce stade que vous étiez, toi et Endo, assez psychopathes et sadomasochistes… Mais en voyant la liste des effets de la maladie, j’ai compris l’étendue de votre sadisme. Infertilité les gars ? Sérieusement! Elle aussi c’est une amie ?

Et c’est avec la peur au ventre aujourd’hui de découvrir cette troisième amie que je t’écris Utérus. On n’a pas été copains toi et moi. On ne s’aime pas beaucoup. On ne se respecte pas. On s’insulte souvent. Trop souvent. Si on pouvait, on vivrait séparés toi et moi. On n’a jamais réussi à cohabiter…mais ne m’enlève pas la seule fonction que je respecte intégralement de toi. Que j’aie ou pas des enfants un jour, Utérus, je veux avoir le choix. Pour une fois dans notre vie, s’il te plait, sois sympa et laisse moi vivre comme si je contrôlais un minimum ce qui se passe dans notre corps.

J’écris cette lettre pour moi, pour exorciser, mais aussi pour toutes ces jeunes filles qui ont mal chaque mois, pour toutes ces jeunes filles qui sont handicapées par les règles. Je vous le dis, mes amies, mes collègues, mes sœurs, allez consulter. N’attendez pas 13 ans comme moi. N’attendez pas d’avoir 24, 30, 35 ans pour flipper. Allez consulter.

Et à tous ces connards, et en particulier à l’infirmier de mon collège, qui m’ont répété que je n’étais qu’une chochotte et qu’il fallait que je sers les dents parce que les règles, c’est pas grand chose. Quand tu auras un utérus, là tu pourras parler. Pas avant.

Je ne te dis pas Aurevoir Utérus, toi et moi, on sait bien qu’on est liés à la vie à la mort. Mais quand même… J’ai encore une bonne vingtaine d’années avant la ménopause, alors si tu pouvais te calmer niveau douleurs, ce serait sympa.

Bien à toi,

Ton hôte, Sandrine.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :